Victor Hugo
Les contemplations

TOME II AUJOURD’HUI 1843-1856

LIVRE QUATRIÈME PAUCA MEÆ

VII.

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VII.

 

Elle était pâle, et pourtant rose,

Petite avec de grands cheveux.

Elle disait souvent : Je n’ose,

Et ne disait jamais : Je veux.

 

Le soir, elle prenait ma Bible

Pour y faire épeler sa sœur,

Et, comme une lampe paisible,

Elle éclairait ce jeune cœur.

 

Sur le saint livre que j’admire,

Leurs yeux purs venaient se fixer ;

Livre où l’une apprenait à lire,

Où l’autre apprenait à penser !

 

Sur l’enfant, qui n’eût pas lu seule,

Elle penchait son front charmant,

Et l’on aurait dit une aïeule

Tant elle parlait doucement !

 

Elle lui disait : « Sois bien sage ! »

Sans jamais nommer le démon ;

Leurs mains erraient de page en page

Sur Moïse et sur Salomon,

 

Sur Cyrus qui vint de la Perse,

Sur Moloch et Léviathan,

Sur l’enfer que Jésus traverse,

Sur l’édenrampe Satan !

 

Moi, j’écoutais… – Ô joie immense

De voir la sœur près de la sœur !

Mes yeux s’enivraient en silence

De cette ineffable douceur.

 

Et, dans la chambre humble et déserte

Où nous sentions, cachés tous trois,

Entrer par la fenêtre ouverte

Les souffles des nuits et des bois,

 

Tandis que, dans le texte auguste,

Leurs cœurs, lisant avec ferveur,

Puisaient le beau, le vrai, le juste,

Il me semblait, à moi, rêveur,

 

Entendre chanter des louanges

Autour de nous, comme au saint lieu,

Et voir sous les doigts de ces anges

Tressaillir le livre de Dieu !

 

Octobre 1846.

 


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