IntraText Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText | Recherche |
Link to concordances are always highlighted on mouse hover
Ô souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
– Lorsqu’elle était petite encore,
Que sa sœur était tout enfant… –
Connaissez-vous sur la colline
Qui joint Montlignon à Saint-Leu,
Entre un bois sombre et le ciel bleu ?
– C’est là que nous vivions. – Pénètre,
Mon cœur, dans ce passé charmant ! –
Je l’entendais sous ma fenêtre
Sans bruit, de peur de m’éveiller ;
Moi, je n’ouvrais pas ma croisée,
Ses frères riaient… – Aube pure !
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Mes enfants avec les oiseaux ! –
Je toussais, on devenait brave ;
Et me disait d’un air très grave :
« J’ai laissé les enfants en bas. »
Qu’elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon cœur fût triste ou joyeux,
Je l’admirais. C’était ma fée,
Et le doux astre de mes yeux !
Nous jouions toute la journée.
Ô jeux charmants ! chers entretiens !
Le soir, comme elle était l’aînée,
Elle me disait : « Père, viens !
Nous allons t’apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis ! » –
Alors, prodiguant les carnages,
Dont je trouvais les personnages
Toujours, ces quatre douces têtes
Riaient, comme à cet âge on rit,
De voir d’affreux géants très bêtes
Vaincus par des nains pleins d’esprit.
D’un poëme éclos d’un seul jet ;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.
Leur aïeul, qui lisait dans l’ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et, moi, par la fenêtre sombre
J’entrevoyais un coin des cieux !
Villequier, 4 septembre 1846.