Victor Hugo
Les contemplations

TOME II AUJOURD’HUI 1843-1856

LIVRE QUATRIÈME PAUCA MEÆ

XI.

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XI.

 

On vit, on parle, on a le ciel et les nuages

Sur la tête ; on se plaît aux livres des vieux sages ;

On lit Virgile et Dante ; on va joyeusement

En voiture publique à quelque endroit charmant,

En riant aux éclats de l’auberge et du gîte ;

Le regard d’une femme en passant vous agite ;

On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois !

On écoute le chant des oiseaux dans les bois ;

Le matin, on s’éveille, et toute une famille

Vous embrasse, une mère, une sœur, une fille !

On déjeune en lisant son journal. Tout le jour

On mêle à sa pensée espoir, travail, amour ;

La vie arrive avec ses passions troublées ;

On jette sa parole aux sombres assemblées ;

Devant le but qu’on veut et le sort qui vous prend,

On se sent faible et fort, on est petit et grand ;

On est flot dans la foule, âme dans la tempête ;

Tout vient et passe ; on est en deuil, on est en fête ;

On arrive, on recule, on lutte avec effort… –

Puis, le vaste et profond silence de la mort !

 

11 juillet 1846, en revenant du cimetière.

 


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