Victor Hugo
Les contemplations

TOME II AUJOURD’HUI 1843-1856

LIVRE CINQUIÈME EN MARCHE

XV. À Alexandre D. (Réponse à la dédicace de son drame La Conscience)

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XV.

À Alexandre D.

(Réponse à la dédicace de son drame La Conscience)

 

Merci du bord des mers à celui qui se tourne

Vers la rive où le deuil, tranquille et noir, séjourne,

Qui défait de sa tête, où le rayon descend,

La couronne, et la jette au spectre de l’absent,

Et qui, dans le triomphe et la rumeur, dédie

Son drame à l’immobile et pâle tragédie !

 

Je n’ai pas oublié le quai d’Anvers, ami,

Ni le groupe vaillant, toujours plus raffermi,

D’amis chers, de fronts purs, ni toi, ni cette foule.

Le canot du steamer soulevé par la houle

Vint me prendre, et ce fut un long embrassement.

Je montai sur l’avant du paquebot fumant,

La roue ouvrit la vague, et nous nous appelâmes :

– Adieu ! – Puis, dans les vents, dans les flots, dans les lames,

Toi debout sur le quai, moi debout sur le pont,

Vibrant comme deux luths dont la voix se répond,

Aussi longtemps qu’on put se voir, nous regardâmes

L’un vers l’autre, faisant comme un échange d’âmes ;

Et le vaisseau fuyait, et la terre décrut ;

L’horizon entre nous monta, tout disparut ;

Une brume couvrit l’onde incommensurable ;

Tu rentras dans ton œuvre éclatante, innombrable,

Multiple, éblouissante, heureuse, où le jour luit ;

Et, moi, dans l’unité sinistre de la nuit.

 

Marine-Terrace, décembre 1854.

 


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