Victor Hugo
Les contemplations

TOME II AUJOURD’HUI 1843-1856

LIVRE SIXIÈME AU BORD DE L’INFINI

IV.

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IV.

 

Écoutez Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres.

J’ai vu l’ombre infinie où se perdent les nombres,

J’ai vu les visions que les réprouvés font,

Les engloutissements de l’abîme sans fond ;

J’ai vu le ciel, l’éther, le chaos et l’espace.

Vivants ! puisque j’en viens, je sais ce qui s’y passe ;

Je vous affirme à tous, écoutez bien ma voix,

J’affirme même à ceux qui vivent dans les bois,

Que le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes,

Voit ce que vous pensez et sait ce que vous faites.

C’est bien. Continuez, grands, petits, jeunes, vieux !

Que l’avare soit tout à l’or, que l’envieux

Rampe et morde en rampant, que le glouton dévore,

Que celui qui faisait le mal, le fasse encore,

Que celui qui fut lâche et vil, le soit toujours !

Voyant vos passions, vos fureurs, vos amours,

J’ai dit à Dieu : « Seigneur, jugez où nous en sommes.

Considérez la terre et regardez les hommes.

Ils brisent tous les nœuds qui devaient les unir. »

Et Dieu m’a répondu : « Certes, je vais venir ! »

 

Serk, juillet 1853.

 


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