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Pourquoi donc faites-vous des prêtres
Quand vous en avez parmi vous ?
Les esprits conducteurs des êtres
Portent un signe sombre et doux.
Nous naissons tous ce que nous sommes.
Dieu de ses mains sacre des hommes
Dans les ténèbres des berceaux ;
Écrit sous leur crâne la bible
Des arbres, des monts et des eaux.
Ces hommes, ce sont les poëtes ;
Ceux dont l’aile monte et descend ;
Qu’ouvre le verbe frémissant ;
Par les grandes brumes du sort ;
Tous ceux en qui Dieu se concentre ;
Tous les yeux où la lumière entre,
Tous les fronts d’où le rayon sort.
Ce sont ceux qu’attend Dieu propice
Sur les Horebs et les Thabors ;
Retient blêmissants à ses bords ;
Ceux qui sentent la pierre vivre ;
Ceux que Pan formidable enivre ;
Ceux qui sont tout pensifs devant
Que l’aube attire à ses blancheurs,
Les savants, les inventeurs tristes,
Les puiseurs d’ombre, les chercheurs,
Qui ramassent dans les ténèbres
Les faits, les chiffres, les algèbres,
Le nombre où tout est contenu,
Le doute où nos calculs succombent,
Et tous les morceaux noirs qui tombent
Du grand fronton de l’inconnu !
Vers qui monte et croît pas à pas
Flux que la foule ne voit pas,
Mer de tous les infinis pleine,
Que Dieu suit, que la nuit amène,
Qui remplit l’homme de clarté,
Jette aux rochers l’écume amère,
Et lave les pieds nus d’Homère
David chante et voit Dieu de près ;
Grand prêtre fauve des forêts ;
Étend ses mains sur la nature ;
Écouté des astres sans nombre… –
Pontificat de l’infini !
L’un à Patmos, l’autre à Tyane ;
D’autres criant : Demain ! demain !
Dans les sommeils du genre humain ;
L’un fatal, l’autre qui pardonne ;
Toi, vieux Shakspeare, âme éternelle ;
Rouvrirait le puits de l’abîme
Euclide a les lois sous sa garde ;
Dans les grands cieux aux mers pareils,
Gouffre où voguent des nefs sans proues,
Tourner toutes ces sombres roues
Dont les moyeux sont des soleils.
Les Thalès, puis les Pythagores ;
Et l’homme, parmi ses erreurs,
Comme dans l’herbe les fulgores,
Voit passer ces grands éclaireurs.
Aristophane rit des sages ;
Lucrèce, pour franchir les âges,
Crée un poëme dont l’œil luit,
Toutes les griffes de la nuit.
Quelques-uns de ces inspirés
Des monts noirs et des bois sacrés ;
Ils vont aux Thébaïdes sombres,
Et, là, blêmes dans les décombres,
L’hyène rampant sur le ventre,
L’océan, la montagne et l’antre,
Sous leur sacerdoce effrayant !
Tes cheveux sont gris sur l’abîme,
Jérôme, ô vieillard du désert !
Amos, aux lieux inaccessibles,
Des sombres clairons invisibles
Ton oreille entend les accords ;
Ton âme, sur qui Dieu surplombe,
Est déjà toute dans la tombe,
Et tu vis absent de ton corps.
Tu gourmandes l’âme échappée,
Saint Paul, ô lutteur redouté,
Tu luis, tu frappes, tu réprouves ;
Et tu chasses du doigt ces louves,
Tu veux punir et non absoudre,
Géant, et tu vois dans la foudre
Orphée est courbé sur le monde ;
L’éblouissant est ébloui ;
Et monstrueuse autour de lui ;
Les rochers, ces rudes hercules,
Combattent dans les crépuscules
La mer en pleurs dans la mêlée
Tremble, et la vague échevelée
Dit : – Frère ! vos os sont meurtris ;
Votre vertu dans nos murs traîne
La chaîne affreuse du mépris ;
Mais comptez sur la délivrance,
Mettez en Dieu votre espérance,
Demain, si vous avez su croire,
Vous vous lèverez plein de gloire,
Et fait sortir Dieu des lions.
Perse, Archiloque et Jérémie
Ont le même éclair dans les yeux ;
Car le crime à sa suite attire
Et le grand tonnerre des cieux.
Scarron, noué dans les douleurs,
Cervante aux fers, Molière en pleurs !
Rabelais, que nul ne comprit ;
Il berce Adam pour qu’il s’endorme,
Est un des gouffres de l’esprit !
Et Plaute, à qui parlent les chèvres,
Catulle, Horace, dont les lèvres
Font venir les abeilles d’or ;
Moschus, sur qui l’Etna flamboie,
Voilà les prêtres de la joie !
Voilà les prêtres de l’amour !
Gluck et Beethoven sont à l’aise
Sous l’ange où Jacob se débat ;
Murmure ce grand mot : Stabat !
Où se mêlent l’arche et le ciel,
L’escalier, la tour, la colonne ;
Où croît, monte, s’enfle et bouillonne
L’incommensurable Babel !
Ces demi-dieux signent leur nom,
Sur Jésus dans sa crèche blanche,
L’altier Buonarotti se penche
Comme un mage et comme un aïeul,
Et dans tes mains, ô Michel-Ange,
L’enfant devient spectre, et le lange
Est plus sombre que le linceul !
Chacun d’eux écrit un chapitre
Les uns sculptent le saint pupitre,
Chacun fait son verset du psaume ;
Fait sa strophe en marbre serein,
Rembrandt à l’ardente paupière,
En toile, Primatice en pierre,
Job en fumier, Dante en airain.
Et toutes ces strophes ensemble
Chantent l’être et montent à Dieu ;
L’une adore et luit, l’autre tremble ;
Toutes sont les griffons de feu ;
Toutes sont le cri des abîmes,
L’appel d’en bas, la voix des cimes,
L’hymne instinctif ou volontaire,
L’explication du mystère
À nous qui ne vivons qu’une heure,
Elles font voir les profondeurs,
Et la misère intérieure,
Ciel, à côté de vos grandeurs !
L’homme, esprit captif, les écoute,
Pendant qu’en son cerveau le doute,
Bête aveugle aux lueurs d’en haut,
Pour y prendre l’âme indignée,
Elles consolent, aiment, pleurent,
Ceux qui restent à ceux qui meurent,
Les grains de cendre aux grains d’encens,
Mêlant le sable aux pyramides,
Rendent en même temps humides,
Rappelant à l’un que tout fuit,
À l’autre sa splendeur première,
L’œil de l’astre dans la lumière,
Et l’œil du monstre dans la nuit !
Oui, c’est un prêtre que Socrate !
Oui, c’est un prêtre que Caton !
Quand Juvénal fuit Rome ingrate,
Nul sceptre ne vaut son bâton ;
Ce sont des prêtres, les Tyrtées,
Les Solons aux lois respectées,
Fronts d’inspirés, d’esprits, d’arbitres !
Plus resplendissants que les mitres
Vous voyez, fils de la nature,
Apparaître à votre flambeau
Larves du vrai, spectres du beau ;
Le mystère, en Grèce, en Chaldée,
Penseurs, grave à vos fronts l’idée
Et l’hiéroglyphe à vos murs ;
Dans les ténèbres de vos cryptes
S’enfoncent en porches obscurs !
S’envolent aux souffles des soirs ;
Quand la lune apparaît sinistre
Derrière les grands dômes noirs ;
Quand la trombe aux vagues s’appuie ;
Quand l’orage, l’horreur, la pluie,
Que tordent les bises d’hiver,
Sur tous les sanglots de la mer ;
Quand dans les tombeaux les vents jouent
Avec les os des rois défunts ;
Quand les hautes herbes secouent
Quand sur nos deuils et sur nos fêtes
Toutes les cloches des tempêtes
Quand l’aube étale ses opales,
C’est pour ces contemplateurs pâles
Penchés dans l’éternel effroi !
Ils savent ce que le soir calme
Pense des morts qui vont partir ;
Du conquérant ou du martyr ;
Ce que dit, dans le mois joyeux
Des longs jours et des fleurs écloses,
À l’oreille immense des cieux.
Les vents, les flots, les cris sauvages,
L’azur, l’horreur du bois jauni,
Sont les formidables breuvages
Ils ajoutent, rêveurs austères,
Toute la matière à leurs sens ;
Où boivent ces sombres passants.
Comme ils regardent, ces messies !
Oh ! comme ils songent effarés !
Oh ! que de têtes stupéfaites !
Sous des suaires, sous des voiles,
Les plis des robes pleins d’étoiles,
Les barbes au gouffre du vent !
Savent-ils ce qu’ils font eux-mêmes,
Ces acteurs du drame profond ?
Savent-ils leur propre problème ?
Ils sont. Savent-ils ce qu’ils sont ?
Ils sortent du grand vestiaire
Où, pour s’habiller de matière,
Graves, tristes, joyeux, fantasques,
Ne sont-ils pas les sombres masques
La joie ou la douleur les farde ;
Ils projettent confusément,
Plus loin que la terre blafarde,
Leurs ombres sur le firmament ;
Leurs gestes étonnent l’abîme ;
Pendant qu’aux hommes, tourbe infime,
Ils parlent le langage humain,
Dans des profondeurs qu’on ignore,
Ils font surgir l’ombre ou l’aurore,
Chaque fois qu’ils lèvent la main.
Ils ont leur rôle ; ils ont leur forme ;
Ils tiennent la torche ou la coupe ;
Nous tremblerions si dans leur groupe,
Nous, troupeau, nous pénétrions !
Les astres d’or et la nuit sombre
Se font des questions dans l’ombre
Sur ces splendides histrions.
Ah ! ce qu’ils font est l’œuvre auguste.
Ces histrions sont les héros !
Ils sont le vrai, le saint, le juste,
Apparaissant à nos barreaux.
Nous sentons, dans la nuit mortelle,
La cage en même temps que l’aile ;
Ils nous font espérer un peu ;
Ils sont lumière et nourriture ;
Ils donnent aux cœurs la pâture,
Le ciel se tait, et rien n’en sort.
Ténèbres ! l’âme en vain s’élance,
Et l’homme, qui se sent banni,
Ne sait s’il redoute ou s’il aime
Eux, ils parlent à ce mystère !
Ils interrogent l’éternel,
Ils montent, ils frappent au ciel,
Disent : Es-tu là ? dans la tombe,
Offrant le rameau qu’elle tient,
Et leur voix est grave, humble ou tendre,
Et par moments on croit entendre
Le pas sourd de quelqu’un qui vient.
Nous vivons, debout à l’entrée
Nus, tremblants, la chair pénétrée
Nos morts sont dans cette marée ;
Dont le vent souffle le flambeau,
Sans voir de voiles ni de rames,
Le bruit que font ces vagues d’âmes
Nous regardons la noire écume,
L’aspect hideux, le fond bruni ;
Nous regardons la nuit, la brume,
Comme un oiseau de mer effleure
La haute rive où gronde et pleure
De temps en temps, blanc et sublime,
Par-dessus le mur de l’abîme
Quelquefois une plume tombe
De l’aile où l’ange se berçait ;
Retourne-t-elle dans la tombe ?
Que devient-elle ? On ne le sait.
Se mêle-t-elle à notre fange ?
Et qu’a donc crié cet archange ?
A-t-il dit non ? a-t-il dit oui ?
Et la foule cherche, accourue,
Puis, après qu’ont fui comme un rêve
Bien des cœurs morts, bien des yeux clos,
Après qu’on a vu sur la grève
Passer des flots, des flots, des flots,
Dans quelque grotte fatidique,
Sous un doigt de feu qui l’indique,
Traçant des lettres enflammées
La plume de l’ange à la main !
Il songe, il calcule, il soupire,
Son poing puissant sous son menton ;
Et l’homme dit : Je suis Shakspeare.
Et l’homme dit : Je suis Newton.
L’homme dit : Je suis Ptolémée ;
L’homme dit : Je suis Zoroastre ;
Et son sourcil abrite un astre,
Et sous son crâne un ciel bleuit !
Oui, grâce aux penseurs, à ces sages,
À ces fous qui disent : Je vois !
Les ténèbres sont des visages,
L’homme, comme âme, en Dieu palpite,
Et comme être, se précipite
Tout luit ; la noirceur de la terre
S’éclaire à la blancheur des cieux.
Dieu par l’esprit et le scalpel ;
Vient hors de l’antre à leur appel ;
À leur voix, l’ombre symbolique
La nuit est pleine d’yeux de lynx ;
Et l’énigme éventre le sphinx.
Oui, grâce à ces hommes suprêmes,
Grâce à ces poëtes vainqueurs,
Construisant des autels poëmes
Et prenant pour pierres les cœurs,
Comme un fleuve d’âme commune,
Du blanc pilône à l’âpre rune,
De l’hiérophante au druide,
Coule aux veines du genre humain.
Le noir cromlech, épars dans l’herbe,
Est sur le mont silencieux ;
L’archipel est sur l’eau superbe ;
Les pléiades sont dans les cieux ;
Ô mont ! ô mer ! voûte sereine !
L’herbe, la mouette, l’âme humaine,
Que l’hiver désole ou poursuit,
Interrogent, sombres proscrites ;
Ces trois phrases dans l’ombre écrites
Sur les trois pages de la nuit.
– Ô vieux cromlech de la Bretagne,
Qu’écris-tu donc sur la montagne ?
– Nuit ! répond le cromlech pensif.
Quel mot jettes-tu dans la brume ?
– Mort ! dit la roche à l’alcyon.
– Pléiades qui percez nos voiles,
Qu’est-ce que disent vos étoiles ?
– Dieu ! dit la constellation.
C’est, ô noirs témoins de l’espace,
Dans trois langues le même mot !
Tout ce qui s’obscurcit, vit, passe,
S’effeuille et meurt, tombe là-haut.
Nous faisons tous la même course.
Être abîme, c’est être source.
La pierre de la tombe obscure,
Sont les paupières du même œil !
L’unité reste, l’aspect change ;
Pour becqueter le fruit vermeil,
Tout est l’atome et tout est l’astre ;
La paille porte, humble pilastre,
L’épi d’où naissent les cités ;
Dans la goutte d’eau boit un monde…
Immensités ! immensités !
Seul, la nuit, sur sa plate-forme,
Herschell poursuit l’être central
Cristallin de l’œil sidéral ;
Il voit en haut Dieu dans les mondes,
Tandis que, des hydres profondes
Scrutant les monstrueux combats,
Le microscope formidable,
Plein de l’horreur de l’insondable,
Dieu, triple feu, triple harmonie,
De flamboiement et de bonté,
Vu dans toute l’épaisseur noire,
Montrant ses trois faces de gloire
À l’âme, à l’être, au firmament,
Effarant les yeux et les bouches,
Emplit les profondeurs farouches
D’un immense éblouissement.
Tous ces mages, l’un qui réclame,
Sur leur trône leur esprit songe ;
Une lueur qui d’en haut plonge,
Qui descend du ciel sur les monts
Et de Dieu sur l’homme qui souffre,
Rattache au triangle du gouffre
L’escarboucle des Salomons.
Ils font vibrer les édifices ;
Ils inspirent les sacrifices
Et les inébranlables fois ;
Sombres, ils ont en eux, pour muse,
Comment naît un peuple ? Mystère !
À de certains moments, tout bruit
Semble une plaine de la nuit ;
Rien dans l’ombre et rien dans le ciel,
Pas un œil n’ouvre ses paupières… –
Le désert blême est plein de pierres,
Mais un vent sort des cieux sans bornes,
Grondant comme les grandes eaux,
Et souffle sur ces pierres mornes,
Et de ces pierres fait des os ;
Ces os frémissent, tas sonore ;
Et le vent souffle, et souffle encore
Et de ces os il fait des hommes,
Et nous nous levons et nous sommes,
Et ce vent, c’est la liberté !
Du grand rien d’où naît le grand tout.
Dieu pensif dit : Je suis bien aise
Que ce qui gisait soit debout.
Le néant dit : J’étais souffrance ;
La douleur dit : Je suis la France !
Tout est la mort, l’horreur, la guerre ;
L’homme par l’ombre est éclipsé ;
Court comme un enfant insensé.
Il brise à l’hiver les feuillages,
L’éclair aux cimes, l’onde aux plages,
Car c’est l’ouragan qui gouverne
L’ouragan, qui broie et torture,
S’alimente, monstre croissant,
Jusqu’à l’Hékla, mont, gouffre et geôle,
Que tette ce noir nourrisson !
L’ouragan est la force aveugle,
L’agitateur du grand linceul ;
Il rugit, hurle, siffle, beugle,
Étant toute l’hydre à lui seul ;
Il flétrit ce qui veut éclore ;
Il dit au printemps, à l’aurore,
À la paix, à l’amour : Va-t’en !
Il est rage et foudre ; il se nomme
Barbarie et crime pour l’homme,
Nuit pour les cieux, pour Dieu Satan.
C’est le souffle de la matière,
Le poursuit, le saisit, l’étreint ;
L’Esprit terrasse, abat, dissipe
Il combat, en criant : Allons !
Ils sont là, hauts de cent coudées,
Christ en tête, Homère au milieu,
Tous les combattants des idées,
Tous les gladiateurs de Dieu ;
Chaque fois qu’agitant le glaive,
Comme un forçat dans son préau,
Dieu, dans leur phalange complète,
Surgis, Volta ! dompte en ton aire
Viens, Franklin ! voici le Tonnerre.
Le Flot gronde ; parais, Fulton !
Rousseau ! prends corps à corps la Haine.
La Grève rit, Tyburn flamboie,
L’affreux chien Montfaucon aboie,
On meurt… – Debout, Beccaria !
Il n’est rien que l’homme ne tente.
La foudre craint cet oiseleur.
Dans la blessure palpitante
Il dit : Silence ! à la douleur.
Sa vergue peut-être est une aile ;
Partout où parvient sa prunelle,
L’âme emporte ses pieds de plomb ;
Regarde avec inquiétude
Près de la science l’art flotte,
Les yeux sur le double horizon ;
Un oiseau dans l’air spacieux,
Un rameau dans l’eau solitaire ;
Ainsi s’entassent les conquêtes.
Les songeurs sont les inventeurs.
Parlez, dites ce que vous êtes,
Forces, ondes, aimants, moteurs !
Tout est stupéfait dans l’abîme,
L’ombre, de nous voir sur la cime,
Les monstres, qu’on les ait bravés
Et les mondes d’être trouvés !
Dans l’ombre immense du Caucase,
Depuis des siècles, en rêvant,
Conduit par les hommes d’extase,
Le genre humain marche en avant ;
Il marche sur la terre ; il passe,
Il va, dans la nuit, dans l’espace,
Dans l’azur, dans l’onde irritée,
Le libérateur enchaîné !
Oh ! vous êtes les seuls pontifes,
Penseurs, lutteurs des grands espoirs,
Dompteurs des fauves hippogriffes,
Quand votre esprit veut fuir dans l’ombre,
La nuée aux croupes sans nombre
Et, quand vous sortez du problème,
Quand, rentrant dans la foule blême,
Vous redescendez des hauteurs,
Hommes que le jour divin gagne,
Où montent vos chants et nos vœux,
Votre front au front de l’aurore,
De ses rayons dans les cheveux !
Allez tous à la découverte !
Rapportez, quel que soit l’abîme,
Aux cœurs bons, à l’âme méchante,
À tout ce qui rit, mord ou chante,
La grande bénédiction !
Oh ! tous à la fois, aigles, âmes,
Esprits, oiseaux, essors, raisons,
Pour prendre en vos serres les flammes,
À travers l’ombre et les tempêtes,
Mondes et soleils, au-dessous
N’est-ce pas que c’est ineffable
D’éclairer ce qu’on croyait fable
De voir le fond du grand cratère,
Entrer tout le frisson obscur,
D’aller aux astres, étincelle,
Et de se dire : Je suis l’aile !
Allez, prêtres ! allez, génies !
Cherchez la note humaine, allez,
Dans les suprêmes symphonies
Loin de nous, troupeaux soucieux,
Loin des lois que nous établîmes,
Allez goûter, vivants sublimes,
L’évanouissement des cieux !