Victor Hugo
Les contemplations

TOME II AUJOURD’HUI 1843-1856

LIVRE SIXIÈME AU BORD DE L’INFINI

XXIV. En frappant à une porte

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XXIV.

En frappant à une porte

 

J’ai perdu mon père et ma mère,

Mon premier , bien jeune, hélas !

Et pour moi la nature entière

Sonne le glas.

 

Je dormais entre mes deux frères ;

Enfants, nous étions trois oiseaux ;

Hélas ! le sort change en deux bières

Leurs deux berceaux.

 

Je t’ai perdue, ô fille chère,

Toi qui remplis, ô mon orgueil,

Tout mon destin de la lumière

De ton cercueil !

 

J’ai su monter, j’ai su descendre.

J’ai vu l’aube et l’ombre en mes cieux.

J’ai connu la pourpre, et la cendre

Qui me va mieux.

 

J’ai connu les ardeurs profondes,

J’ai connu les sombres amours ;

J’ai vu fuir les ailes, les ondes,

Les vents, les jours.

 

J’ai sur ma tête des orfraies ;

J’ai sur tous mes travaux l’affront,

Aux pieds la poudre, au cœur des plaies,

L’épine au front.

 

J’ai des pleurs mon œil qui pense,

Des trous à ma robe en lambeau ;

Je n’ai rien à la conscience ;

Ouvre, tombeau.

 

Marine-Terrace, 4 septembre 1855.

 


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