Victor Hugo
Les contemplations

TOME I AUTREFOIS 1830-1843

LIVRE PREMIER AURORE

XVII. À M. Froment Meurice

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XVII.

À M. Froment Meurice

 

Nous sommes frères : la fleur

Par deux arts peut être faite.

Le poëte est ciseleur ;

Le ciseleur est poëte.

 

Poëtes ou ciseleurs,

Par nous l’esprit se révèle.

Nous rendons les bons meilleurs,

Tu rends la beauté plus belle.

 

Sur son bras ou sur son cou,

Tu fais de tes rêveries,

Statuaire du bijou,

Des palais de pierreries !

 

Ne dis pas : « Mon art n’est rien… »

Sors de la route tracée,

Ouvrier magicien,

Et mêle à l’or la pensée !

 

Tous les penseurs, sans chercher

Qui finit ou qui commence,

Sculptent le même rocher :

Ce rocher, c’est l’art immense.

 

Michel-Ange, grand vieillard,

En larges blocs qu’il nous jette,

Le fait jaillir au hasard ;

Benvenuto nous l’émiette.

 

Et, devant l’art infini,

Dont jamais la loi ne change,

La miette de Cellini

Vaut le bloc de Michel-Ange

 

Tout est grand ; sombre ou vermeil,

Tout feu qui brille est une âme.

L’étoile vaut le soleil ;

L’étincelle vaut la flamme.

 

Paris, octobre 1841.

 


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