Victor Hugo
Les contemplations

TOME I AUTREFOIS 1830-1843

LIVRE DEUXIÈME L’ÂME EN FLEUR

III. Le rouet d’Omphale

«»

Liens au concordances:  Normales En évidence

Link to concordances are always highlighted on mouse hover

III.

Le rouet d’Omphale

 

Il est dans l’atrium, le beau rouet d’ivoire.

La roue agile est blanche, et la quenouille est noire ;

La quenouille est d’ébène incrusté de lapis.

Il est dans l’atrium sur un riche tapis.

 

Un ouvrier d’Égine a sculpté sur la plinthe

Europe, dont un dieu n’écoute pas la plainte.

Le taureau blanc l’emporte. Europe, sans espoir,

Crie, et baissant les yeux, s’épouvante de voir

 

L’Océan monstrueux qui baise ses pieds roses.

 

Des aiguilles, du fil, des boîtes demi-closes,

Les laines de Milet, peintes de pourpre et d’or,

Emplissent un panier près du rouet qui dort.

 

Cependant, odieux, effroyables, énormes,

Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes,

Vingt monstres tout sanglants, qu’on ne voit qu’à demi,

Errent en foule autour du rouet endormi :

Le lion néméen, l’hydre affreuse de Lerne,

Cacus, le noir brigand de la noire caverne,

Le triple Géryon, et les typhons des eaux,

Qui, le soir, à grand bruit, soufflent dans les roseaux ;

De la massue au front tous ont l’empreinte horrible

Et tous, sans approcher, rôdant d’un air terrible,

Sur le rouet, où pend un fil souple et lié,

Fixent de loin, dans l’ombre, un œil humilié.

 

Juin, 18…

 


«»

Best viewed with any browser at 800x600 or 768x1024 on Tablet PC
IntraText® (VA2) - Some rights reserved by EuloTech SRL - 1996-2010. Content in this page is licensed under a Creative Commons License