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MONSIEUR DE GORDES, MONSIEUR DE PARDAILLAN, jeune page blond ; MONSIEUR DE VIC, maître CLÉMENT MAROT, en habit de valet de chambre du roi ; puis MONSIEUR DE PIENNE, un ou deux gentilhommes. De temps en temps MONSIEUR DE COSSÉ, qui se promène d’un air rêveur et très-sérieux.
CLÉMENT MAROT, saluant monsieur de Gordes.
Que savez-vous ce soir ?
Ah ! c’est une nouvelle !
Le roi s’amuse ? Ah ! diable !
MONSIEUR DE COSSÉ, qui passe derrière eux.
Et c’est très-malheureux ;
Car un roi qui s’amuse est un roi dangereux.
Ce pauvre gros Cossé me met la mort dans l’âme.
MAROT, bas.
Il paraît que le roi serre de près sa femme ?
Monsieur de Gordes lui fait un signe affirmatif. Entre monsieur de Pienne.
Ils se saluent.
MONSIEUR DE PIENNE, d’un air mystérieux.
Une chose à brouiller le plus sage cerveau !
Une chose admirable ! une chose risible !
Une chose amoureuse ! une chose impossible !
Quoi donc ?
Il les ramasse en groupe autour de lui.
Chut !
À Marot, qui est allé causer avec d’autres dans un coin.
Venez çà, maître Clément Marot !
Que me veut monseigneur ?
Je ne me croyais grand en aucune manière.
J’ai lu dans votre écrit du siége de Peschière
Ces vers sur Triboulet ? « Fou de tête écorné,
Aussi sage à trente ans que le jour qu’il est né… – »
Si je vous comprends !
Soit !
À monsieur de Pardaillan.
Monsieur de Pardaillan,
Monsieur de Gordes, monsieur de Pardaillan, Marot et monsieur de Cossé, qui est venu se joindre au groupe, font cercle autour du duc.
Une chose inouïe arrive à Triboulet.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
On l’a fait connétable ?
On l’a servi tout cuit par hasard sur la table ?
Non. C’est plus drôle. Il a… – Devinez ce qu’il a. –
C’est incroyable !
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
Non pas.
Sa poche
L’emploi du chien du tourne-broche ?
Un rendez-vous avec la Vierge au Paradis ?
Je vous le donne en dix !
Triboulet le bouffon, Triboulet le difforme,
Cherchez bien ce qu’il a… – quelque chose d’énorme !
Sa bosse ?
Non, il a… – Je vous le donne en cent !
Une maîtresse !
Ah ! ah ! le duc est fort plaisant.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
Messieurs, j’en jure sur mon âme,
Et je vous ferai voir la porte de la dame.
Il y va tous les soirs, vêtu d’un manteau brun,
L’air sombre et furieux, comme un poëte à jeun.
Je lui veux faire un tour. Rôdant à la nuit close,
Près de l’hôtel Cossé, j’ai découvert la chose.
Gardez-moi le secret.
Quoi ! Triboulet la nuit se change en Cupido !
MONSIEUR DE PARDAILLAN, riant.
Une selle
Si quelque autre Bedfort débarquait à Calais,
Aurait tout ce qu’il faut pour chasser les Anglais !
Tous rient. Survient monsieur de Vic. Monsieur de Pienne met son doigt sur sa bouche.
Chut !
MONSIEUR DE PARDAILLAN, à monsieur de Pienne.
D’où vient que le roi sort aussi vers la brune,
Tous les jours et tout seul, comme cherchant fortune ?
Ce que je sais d’abord,
C’est que Sa Majesté paraît s’amuser fort.
Ah ! ne m’en parlez pas !
Mais que je me soucie
De quel côté le vent pousse sa fantaisie,
Pourquoi le soir il sort, dans sa cape d’hiver,
Méconnaissable en tout de vêtements et d’air,
Si de quelque fenêtre il se fait une porte,
N’étant pas marié, mes amis, que m’importe !
MONSIEUR DE COSSÉ, hochant la tête.
Un roi, – les vieux seigneurs, messieurs, savent cela, –
Prend toujours chez quelqu’un tout le plaisir qu’il a.
Gare à quiconque a sœur, femme ou fille à séduire !
Un puissant en gaîté ne peut songer qu’à nuire.
Il est bien des sujets de craindre là dedans.
D’une bouche qui rit on voit toutes les dents.
MONSIEUR DE VIC, bas aux autres.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
En a moins peur que lui.
C’est ce qui l’épouvante.
Cossé, vous avez tort. Il est très-important
De maintenir le roi gai, prodigue et content.
MONSIEUR DE PIENNE, à monsieur de Gordes.
Je suis de ton avis, comte ! un roi qui s’ennuie,
C’est une jeune fille en noir, c’est un été de pluie.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
MAROT, bas.
Le roi revient avec Triboulet-Cupido.
Entrent le roi et Triboulet. Les courtisans s’écartent avec respect.