Jean-Pierre Claris de Florian
Fables
Lecture du Texte

Livre 5

9 – Pan et la Fortune

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9 – Pan et la Fortune

 

Un jeune grand seigneur à des jeux de hasard

Avait perdu sa dernière pistole,

Et puis joué sur sa parole :

Il fallait payer sans retard ;

Les dettes du jeu sont sacrées.

On peut faire attendre un marchand,

Un ouvrier, un indigent,

Qui nous a fourni ses denrées ;

Mais un escroc ? L’honneur veut qu’au même moment

On le paye, et très poliment.

La loi par eux fut ainsi faite.

Notre jeune seigneur, pour acquitter sa dette,

Ordonne une coupe de bois.

Aussitôt les ormes, les frênes,

Et les hêtres touffus, et les antiques chênes,

Tombent l’un sur l’autre à la fois.

Les faunes, les sylvains, désertent les bocages ;

Les dryades en pleurs regrettent leurs ombrages ;

Et le dieu Pan, dans sa fureur,

Instruit que le jeu seul a causé ces ravages,

S’en prend à la Fortune : ô mère du malheur,

Dit-il, infernale furie,

Tu troubles à la fois les mortels et les dieux,

Tu te plais dans le mal, et ta rage ennemie

Il parlait, lorsque dans ces lieux

Tout-à-coup paraît la déesse.

Calme, dit-elle à Pan, le chagrin qui te presse ;

Je n’ai point causé tes malheurs :

Même aux jeux de hasard, avec certains joueurs,

Je ne fais rien. – qui donc fait tout ? – l’adresse.

 


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