Jean-Pierre Claris de Florian
Fables
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Livre 5

11 – Le chat et les rats

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11 – Le chat et les rats

 

Un angora que sa maîtresse

Nourrissait de mets délicats

Ne faisait plus la guerre aux rats ;

Et les rats, connaissant sa bonté, sa paresse,

Allaient, trottaient partout, et ne se gênaient pas.

Un jour, dans un grenier retiré, solitaire,

Où notre chat dormait après un bon festin,

Plusieurs rats viennent dans le grain

Prendre leur repas ordinaire.

L’angora ne bougeait. Alors mes étourdis

Pensent qu’ils lui font peur ; l’orateur de la troupe

Parle des chats avec mépris.

On applaudit fort, on s’attroupe,

On le proclame général.

Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal :

Braves amis, dit-il, courons à la vengeance.

De ce grain désormais nous devons être las,

Jurons de ne manger désormais que des chats :

On les dit excellents, nous en ferons bombance.

À ces mots, partageant son belliqueux transport,

Chaque nouveau guerrier sur l’angora s’élance,

Et réveille le chat qui dort.

Celui-ci, comme on croit, dans sa juste colère,

Couche bientôt sur la poussière

Général, tribuns et soldats.

Il ne s’échappa que deux rats

Qui disaient, en fuyant bien vite à leur tanière :

Il ne faut point pousser à bout

L’ennemi le plus débonnaire ;

On perd ce que l’on tient quand on veut gagner tout.

 


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