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Un bon mari, sa femme, et deux jolis enfants,
Coulaient en paix leurs jours dans le simple ermitage
Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parents.
Ces époux, partageant les doux soins du ménage,
Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons,
Et le soir, dans l’été soupant sous le feuillage,
Dans l’hiver devant leurs tisons,
Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse,
Leur parlaient du bonheur qu’ils procurent toujours :
Le père par un conte égayait ses discours,
L’aîné de ces enfants, né grave, studieux,
Lisait et méditait sans cesse ;
Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse,
Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu’aux jeux.
Un soir, selon l’usage, à côté de leur père,
Assis près d’une table où s’appuyait la mère,
L’aîné lisait Rollin ; le cadet, peu soigneux
D’apprendre les hauts faits des romains ou des parthes,
Employait tout son art, toutes ses facultés,
À joindre, à soutenir par les quatre côtés
Il n’en respirait pas d’attention, de peur.
Qui s’interrompt : papa, dit-il, daigne m’instruire
Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants,
Et d’autres fondateurs d’empire :
Ces deux noms sont-ils différents ?
Le père méditait une réponse sage,
Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir,
Après tant de travail, d’avoir pu parvenir
S’écrie : il est fini ! Son frère murmurant
Se fâche, et d’un seul coup détruit son long ouvrage ;
Mon fils, répond alors le père,
Le fondateur, c’est votre frère,
Et vous êtes le conquérant.