Jean-Pierre Claris de Florian
Fables
Lecture du Texte

Livre 2

6 – Les deux chats

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6 – Les deux chats

 

Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard,

Et dignes tous les deux de leur noble origine,

Différaient d’embonpoint : l’un était gras à lard,

C’était l’aîné ; sous son hermine

D’un chanoine il avait la mine,

Tant il était dodu, potelé, frais et beau :

Le cadet n’avait que la peau

Collée à sa tranchante échine.

Cependant ce cadet, du matin jusqu’au soir,

De la cave à la gouttière

Trottait, courait, il fallait voir,

Sans en faire meilleure chère.

Enfin, un jour, au désespoir,

Il tint ce discours à son frère :

Explique-moi par quel moyen,

Passant ta vie à ne rien faire,

Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,

Et moi si mal. La chose est claire,

Lui répondit l’aîné : tu cours tout le logis

Pour manger rarement quelque maigre souris

– n’est-ce pas mon devoir ? – d’accord, cela peut être :

Mais moi je reste auprès du maître ;

Je sais l’amuser par mes tours.

Admis à ses repas sans qu’il me réprimande,

Je prends de bons morceaux, et puis je les demande

En faisant patte de velours,

Tandis que toi, pauvre imbécile,

Tu ne sais rien que le servir,

Va, le secret de réussir,

C’est d’être adroit, non d’être utile.

 


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