Jean-Pierre Claris de Florian
Fables
Lecture du Texte

Livre 2

12 – Le phénix

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12 – Le phénix

 

Le phénix, venant d’Arabie,

Dans nos bois parut un beau jour :

Grand bruit chez les oiseaux ; leur troupe réunie

Vole pour lui faire sa cour.

Chacun l’observe, l’examine ;

Son plumage, sa voix, son chant mélodieux,

Tout est beauté, grâce divine,

Tout charme l’oreille et les yeux.

Pour la première fois on vit céder l’envie

Au besoin de louer et d’aimer son vainqueur.

Le rossignol disait : jamais tant de douceur

N’enchanta mon âme ravie.

Jamais, disait le paon, de plus belles couleurs

N’ont eu cet éclat que j’admire ;

Il éblouit mes yeux et toujours les attire.

Les autres répétaient ces éloges flatteurs,

Vantaient le privilège unique

De ce roi des oiseaux, de cet enfant du ciel,

Qui, vieux, sur un bûcher de cèdre aromatique,

Se consume lui-même, et renaît immortel.

Pendant tous ces discours la seule tourterelle

Sans rien dire fit un soupir.

Son époux, la poussant de l’aile,

Lui demande d’où peut venir

Sa rêverie et sa tristesse :

De cet heureux oiseau désires-tu le sort ?

– Moi ! Mon ami, je le plains fort ;

Il est le seul de son espèce.

 


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