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Pour Tiarko.
De tous les beaux vers de Richepin qu’on avait dits, ce soir-là, deux particulièrement demeurèrent dans l’esprit du jeune homme.
C’étaient ces deux-ci, qui se trouvent, sauf erreur, dans la Chanson Aryenne :
Nous nous étalons
Sur des étalons.
Cette rime : étalons et étalons le tourmenta toute la nuit, et, le lendemain matin, sans avoir rien cherché, par simple et inconscient génie, le jeune homme, en se réveillant, murmura, complétant l’idée du maître :
Nous nous étalons
Sur des étalons,
Et nous percherons
Sur des percherons.
Et alors, la torture de la hantise commença pour lui : le pauvre garçon était poète ! Et quel poète !
Hier, il est venu me lire son morceau, en espoir que j’en parle à Madame Adam, sur l’esthétique de laquelle, exagéra-t-il, je fais la pluie et le beau temps.
Avant que ce poème ne paraisse in-extenso dans la Nouvelle Revue, j’ai la bonne fortune d’en pouvoir donner quelques extraits ici-même.
Je n’ai pas la prétention que ce genre plaise à tout le monde ; il sera même très âprement discuté dans les milieux littéraires ; mais nul ne songera à en discuter la curieuse et fertile tendance :
Nous nous étalons
Sur des étalons,
Et nous percherons
Sur des percherons !
C’est nous qui bâtons,
Que nous dégottons !…
Mieux dans les timons.
Un joli couplet sur l’amour brutal :
Nous nous marions
À vous Marions
Nous vous enjambons
Et nous vous chaussons,
Rappel à de plus délicates et subtiles caresses.
Chez nous des nichons !
Et les repompons !
En passant un chœur vigoureux d’intrépides pêcheurs :
C’est nous qui poissons
Et qui les salons
Fatigués de l’amour brutal, des subtiles caresses, de la pêche et des salaisons, si nous faisions un bon repas ?
Quelques potirons !
Qu’alors nous oignons
Puis, enfin, bondons-
Après quoi, ponchons
Mais tout ce programme exige beaucoup d’argent. Vite en route pour le Kloudike :
Ah ! thésaurisons !
Vers tes horizons
À nous tes filons !
Une rude vie que celle des chercheurs d’or :
Malheureusement, je ne puis tout citer (le poème ne comporte pas moins de 1,342 vers).
Quelques passages sont d’un symbolisme dont, malgré ma très vive intelligence, m’échappe la signification.
Celui-ci entre autres :
Ce que nous savons
Que nous décochons
Le sens des deux derniers vers est plus tangible :
Car nous chavirons !
Le fait est qu’il y a un peu de ça !