Thomas Mayne Reid (alias Captain Mayne Reid)
Le chasseur des plantes
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XLV NOUVELLE INSPECTION DE LA FALAISE

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XLV

NOUVELLE INSPECTION DE LA FALAISE

Nos trois chasseurs étaient loin d’être satisfaits, bien qu’ils revinssent à la cabane chargés de fruits, de racines, de noix et de légumes, et qu’ils eussent en perspective un bien meilleur dîner que tous ceux qu’ils avaient mangés depuis leur départ du Bengale.

 

Le reste de la journée se passa aux environs de la hutte, et la plus grande partie du temps fut consacrée aux opérations culinaires. Ce n’est pas qu’un bon dîner fût pour nos trois chasseurs un objet capital ; mais c’était une distraction ; pendant ce temps-là ils étaient moins tristes, et puis d’ailleurs ils n’avaient pas autre chose à faire.

 

Nos amis dînèrent avec plaisir et trouvèrent le repas excellent. Il y avait si longtemps qu’ils n’avaient goûté de légumes, que ce fut un véritable régal, et jamais les plus beaux fruits d’Europe ne leur avaient paru meilleurs que les fraises, les cerises et les framboises sauvages qu’ils venaient de cueillir.

 

« Voilà, dit Gaspard, les meilleures fraises que j’aie mangées depuis un mois, pour ne pas dire de toute ma vie. Qu’en pense le botaniste ?

 

– Je le crois aussi, répondit Karl.

 

– Nous avons eu tort de tuer nos vaches, poursuivit Gaspard, en jetant un coup d’œil significatif vers l’une des peaux de yak, suspendue à côté de lui.

 

– C’est précisément à quoi je songeais, dit le botaniste en interrompant son frère. Si nous devons passer toute notre vie dans cette vallée… »

 

Karl n’acheva pas sa phrase et resta silencieux, en dépit des efforts de Gaspard, qui affectait plus de gaieté qu’il n’en éprouvait réellement.

 

Quelques jours après, le chasseur de plantes quitta la cabane sans rien dire à ses deux compagnons et se dirigea du côté de la falaise. Ce n’est pas qu’il eût un projet bien arrêté, mais il voulait faire encore une fois le tour de ce vallon mystérieux où il était emprisonné, et scruter de nouveau la muraille de granit qui en constituait l’enceinte.

 

Gaspard, de son côté, fabriquait une baguette pour laver son fusil, et l’Hindou faisait un filet pour prendre le magnifique poisson qui abondait dans le lac.

 

Karl marcha d’un pas rapide jusqu’à ce qu’il fût arrivé au pied de la grande muraille ; une fois près de la falaise, il ralentit sa course, et, levant les yeux sur les rochers, il en examina les moindres détails avec l’attention la plus scrupuleuse. Déjà, vous le savez, les trois chasseurs avaient fait cet examen attentif, et il n’était pas probable que la moindre fissure eût échappé à leurs regards.

 

Mais une idée nouvelle avait germé dans l’esprit de Karl, et c’était avec l’intention de chercher le moyen de la réaliser qu’il venait explorer de nouveau l’enceinte de leur prison.

 

À vrai dire, il avait peu de confiance dans l’idée qui lui était venue à l’esprit ; c’était un fol espoir qui le faisait sourire lui-même, une de ces tentatives désespérées dont le succès est impossible, et auxquelles néanmoins on consacre tous ses efforts.

 

Karl pensait tout bonnement à escalader la falaise. Il était évident qu’on ne pouvait pas la gravir, dût-on s’y accrocher avec les ongles ; mais n’y avait-il pas un autre moyen d’exécuter ce projet ? C’était à cela qu’avait pensé le botaniste, et une lueur d’espérance avait ranimé son courage.

 

Mais quel pouvait être son plan ? Avait-il l’intention d’atteindre le sommet du rocher au moyen d’une corde à nœuds ? Certainement non ; il aurait fallu d’abord fixer la corde à l’endroit qu’il s’agissait précisément de gagner. Ah ! si nos chasseurs avaient eu à descendre au fond d’un précipice ou du sommet d’un rocher à pic, c’eût été bien différent ; il aurait suffi d’attacher la corde à l’endroit où se seraient trouvés les voyageurs, ce qui n’aurait pas été difficile, et de la laisser retomber jusqu’à celui qu’on aurait voulu atteindre. Mais la chose devenait impossible dès qu’il s’agissait de monter : aussi notre ingénieur ne songeait-il nullement à une échelle de corde. Néanmoins c’était bien d’une échelle qu’il était préoccupé, ou plutôt de plusieurs échelles.

 

Karl savait effectivement qu’il n’était pas possible de faire une échelle aussi haute que la muraille ; mais il songeait à superposer plusieurs échelles qui formeraient divers étages en s’appuyant sur les saillies du rocher.

 

Il y avait dans cette idée quelque chose de praticable, en supposant, toutefois, que la falaise présentât les différentes corniches qui devaient servir de base au plan de notre ingénieur.

 

C’était pour s’assurer de ce point important que le botaniste revenait examiner la falaise ; s’il découvrait les saillies qui lui étaient nécessaires, son projet devait réussir. Nos trois chasseurs parviendraient, avec le temps, à construire leurs échelles, même avec le peu d’outils dont ils pouvaient disposer. Ils n’avaient pas de tarières pour percer les trous qui devaient recevoir les échelons, mais Karl ne s’inquiétait pas des détails ; il ne songeait qu’à s’assurer d’une chose : la muraille de granit avait-elle des rebords suffisants pour permettre d’y placer une échelle ? C’est pour cela qu’il était au pied de la falaise et qu’il marchait avec lenteur, sans détourner les yeux du rocher qu’il examinait.


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