Thomas Mayne Reid (alias Captain Mayne Reid)
Le chasseur des plantes
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XLVII KARL SUR LE REBORD DU ROCHER

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XLVII

KARL SUR LE REBORD DU ROCHER


La position du chasseur de plantes est aisée à comprendre ; quiconque a jamais escaladé une muraille, grimpé jusqu’en haut d’un mât ou simplement d’une échelle un peu grande, sait, par expérience, qu’il est beaucoup moins difficile de monter que de descendre, et la raison en est simple : en montant, vous voyez les saillies, les trous, les fissures qui vous permettront d’y poser les mains et les pieds ; mais, en descendant, vous ne savez plustrouver un point d’appui, vous allez à tâtons et vous êtes sans cesse exposé à une chute imminente.

 

Karl se trouvait précisément dans cette position fâcheuse ; c’était tout ce qu’il avait pu faire que d’atteindre la corniche, et il lui était complètement impossible d’en descendre.

 

Le rocher avait bien à sa base une légère inclinaison, le botaniste l’avait parfaitement vu lorsqu’il était au pied de la falaise ; mais, de l’endroit où il était maintenant, la muraille lui paraissait taillée à pic, et il se trouvait au moins à douze mètres du sol : c’est une hauteur effrayante quand on la voit d’en haut. Karl ne comprenait pas comment il avait pu arriver jusque-là, et il se repentait vivement de la folle audace qui l’y avait poussé.

 

Mais il ne pouvait demeurer sur ce perchoir jusqu’au lendemain matin ; il fallait sortir d’une manière ou de l’autre de cette position ridicule, et, s’efforçant de reprendre courage, il fit de nouvelles tentatives pour regagner la terre.

 

Il s’agenouilla sur la banquette en regardant la falaise, saisit le bord de la corniche à pleines mains et se laissa glisser en tâtonnant jusqu’à ce qu’il eût rencontré quelque chose qui pût lui servir d’échelon ; il trouva par hasard une légère saillie qui lui permit bientôt de poser la pointe des pieds, mais le plus difficile n’était pas de gagner cette première marche, il fallait en chercher une autre, et Karl n’osait pas détacher ses mains de l’endroit où il était suspendu. Il tâtait bien du pied s’il ne trouverait pas un peu plus loin, à droite ou à gauche, une saillie plus prononcée, une cavité plus grande qui lui offrirait une base assez large pour s’y tenir debout sans avoir besoin de se cramponner à la corniche ; mais il ne rencontra pas ce qu’il cherchait, et se hissa de nouveau sur la tablette qu’il n’osait pas quitter. Peut-être, en examinant bien la surface de la roche, pourrait-il découvrir un endroit où il lui serait moins difficile de descendre, et il parcourût la terrasse en regardant, avec soin, les plus petits détails que son œil put saisir. Mais le pauvre botaniste examina vainement la muraille qui s’étendait au-dessous de lui ; pas de ravine, pas d’inégalité qui permît à un homme de s’accrocher à cette falaise inaccessible ; il n’y avait qu’un animal griffu à qui la descente que méditait notre chasseur ne fût pas interdite, et Karl retourna tristement à l’endroit par où il était monté, craignant bien de ne pas être plus heureux cette fois ci que la première.

 

Jusqu’à présent toute l’attention du botaniste avait été absorbée par l’examen de la partie inférieure de la falaise, et il n’avait pas jeté les yeux sur la portion du rocher qui se dressait derrière lui ; mais, en regagnant l’autre bout de la corniche, il regarda de côté et d’autre et aperçut une ouverture située à peu près à un mètre au-dessus du niveau de la terrasse. Cette ouverture pouvait être de la dimension d’une porte ordinaire, et lorsque le botaniste s’en fut approché, il découvrit que c’était l’entrée d’une caverne profonde, dont la largeur paraissait augmenter à mesure qu’elle s’enfonçait dans la montagne. Karl n’éprouva pas le désir d’explorer cette caverne ; la seule réflexion que lui inspira sa découverte fut qu’il pourrait au moins s’y abriter pendant la nuit. Pour qu’il pût descendre de la corniche, il fallait absolument que Gaspard et le Shikarri vinssent à son aide, et il n’était pas probable qu’ils pussent en avoir même la pensée avant la chute du jour. Plus d’une fois il était arrivé à l’un ou à l’autre des trois chasseurs d’être absent pendant toute la journée sans causer la moindre inquiétude à ses deux compagnons ; ce ne serait qu’à la nuit close que l’on se tourmenterait de son absence et que Gaspard et Ossaro commenceraient à le chercher ; mais il serait bien difficile de le découvrir au milieu des ténèbres, surtout dans l’endroit où il se trouvait maintenant ; la baie était profonde, un bouquet d’arbres en masquait l’entrée, sa voix serait emportée par le vent ou étouffée par les hautes murailles qui l’enfermaient de toutes parts, avant de frapper l’oreille de ceux qui pouvaient venir à son secours.

 

Cependant il n’avait rien à faire ; le seul parti à prendre était de se résigner à son sort, en attendant que ses compagnons pussent arriver jusqu’à lui. Bien convaincu du fait, notre chasseur de plantes s’arma de toute la patience dont il était pourvu, et s’assit tranquillement au bord de la corniche. Toutefois, il ne resta pas silencieux ; le hasard pouvait amener son frère ou le Shikarri dans ces parages, et il se mit à pousser des cris aigus dont retentit la montagne.

 

Mais l’écho seul répondit à sa voix, et ce fut en vain qu’il renouvela son appel, que ni Gaspard ni Ossaro n’entendirent.


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