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Le carrefour où la rencontre avait eu lieu n’était pas éloigné ; il se trouvait à peine à vingt mètres de l’endroit où les cris irrités des combattants avaient frappé l’oreille des trois chasseurs ; et ceux-ci, guidés par le tapage que faisaient ces voix furieuses, étaient bientôt arrivés sur la scène du combat.
La lutte se passait au milieu d’une salle immense, ouverte de tous côtés : l’ours était debout sur un quartier de roche formant une espèce de table, et qui pouvait avoir un mètre au dessus du niveau de la surface environnante ; le chien attaquait la bête et lui mordait les jambes en tournant autour d’elle avec vivacité, afin d’esquiver les coups de son adversaire. De temps à autre l’ours faisait un mouvement pour saisir le limier entre ses bras vigoureux ; mais Fritz n’ignorait pas ce qu’il y avait de dangereux pour lui dans cette manœuvre, et n’attaquait son ennemi que par derrière. De son côté, l’ours, obligé de se défendre, tournait sur lui-même comme s’il avait été sur un pivot, et ne parvenait pas toujours à garantir ses jambes des morsures du limier.
Rien n’était plus drôle à voir que cette lutte entre les deux quadrupèdes, et si nos trois amis n’avaient eu en perspective que le plaisir de la chasse, ils auraient laissé le combat se prolonger plus longtemps ; mais on était à la veille de l’hiver, l’ours avait tout l’embonpoint qu’on pouvait désirer, et sa graisse était un objet de trop d’importance pour s’exposer à la perdre : car, au milieu de ce labyrinthe aux mille détours, la bête aurait pu échapper tout aussi bien que si elle avait été dans la forêt.
L’occasion d’ailleurs était belle ; jamais l’animal n’avait été mieux placé pour servir de but au chasseur ; Fritz, à vrai dire, le couvrait littéralement de son corps, mais il était beaucoup moins gros que son énorme antagoniste, et, en visant avec soin, nos chasseurs étaient bien sûrs de ne pas même l’égratigner.
Là détonation du fusil de Gaspard se joignit à celle de la carabine du botaniste ; l’une des flèches de l’Hindou alla s’implanter, en sifflant, dans le corps velu du pauvre ours. La malheureuse bête roula pesamment de la plate-forme où elle était grimpée, et se débattit contre les approches de la mort. Fritz eût bientôt mis un terme à l’agonie de son adversaire qu’il saisit à la gorge, et l’instant d’après les râlements avaient cessé avec le dernier souffle de la victime.
Gaspard, éloignant alors son chien, alla prendre l’une des torches qui avaient été posées dans une fissure de la paroi de granit, et les trois jeunes gens examinèrent leur gibier. C’était un ours magnifique, l’un des plus beaux échantillons de l’espèce, et d’un embonpoint qui promettait une énorme quantité de graisse.
Mais à peine avaient-ils achevé cet examen, que les torches achevèrent de se consumer. Quand la dernière étincelle fut évanouie, quand ils se trouvèrent dans une obscurité complète, et qu’après avoir tâtonné pendant plusieurs heures, trébuchant contre des quartiers de roche, tombant dans des fissures profondes, se heurtant contre les angles du granit, ils ne distinguèrent pas la moindre lueur, pas le plus léger indice qui pût leur faire espérer qu’ils approchaient de l’entrée de la caverne, ils commencèrent à comprendre ce qu’il y avait d’horrible dans leur situation.