Thomas Mayne Reid (alias Captain Mayne Reid)
Le chasseur des plantes
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LVIII SÉJOUR DANS LA CAVERNE

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LVIII

SÉJOUR DANS LA CAVERNE

La déception de nos amis était d’autant plus grande, qu’une fois arrivé auprès du corps de l’ours, le chien ne voulut pas s’en éloigner ; impossible de le décider à partir ; ni les ordres ni les prières de son maître n’eurent assez d’influence pour lui faire abandonner l’endroitgisait l’animal. En vain Gaspard, le prenant dans ses bras, l’emportait-il à une certaine distance, il revenait immédiatement à côté de la bête velue dès qu’il recouvrait sa liberté.

 

Gaspard devenait furieux ; les deux autres étaient désespérés. Néanmoins, en y réfléchissant, le botaniste finit par comprendre que l’insistance du limier pouvait bien être un fait providentiel : n’était-ce pas pour eux une bonne fortune que de retrouver la chair de l’ours ? Qu’auraient-ils mangé dans cette caverne ? leur estomac criait déjà famine, et ils auraient pu mourir d’inanition avant d’être parvenus à sortir de leur cachot.

 

À présent nos trois chasseurs avaient de la viande pour plusieurs jours, et ils pourraient explorer la caverne de manière à en sortir. Il y avait des espèces de fontaines en différents endroits, où l’eau filtrait du rocher ; un petit ruisseau parcourait même l’une des galeries qu’ils avaient traversées ; il leur serait facile de le retrouver, et ils étaient bien sûrs de ne pas souffrir de la soif.

 

La découverte de l’ours avait donc infiniment amélioré leur position, et, lorsqu’ils furent réunis autour de cette belle pièce de gibier, avec la perspective de satisfaire leur appétit, nos trois camarades se sentirent plus joyeux qu’ils n’avaient espéré l’être au fond de cette caverne ténébreuse.

 

Il faisait assez noir autour d’eux pour appeler du nom de souper le repas qu’ils allaient prendre ; mais, comme ils n’avaient rien mangé depuis le matin, ils qualifièrent du nom de dîner cette collation de chair d’ours.

 

Quel que fût d’ailleurs le titre pompeux qu’ils donnèrent à la chose, jamais dîner ou souper n’exigea moins de préparatifs culinaires, car celui de nos chasseurs ne fut pas même cuit du tout.

 

Karl et Gaspard s’étaient abstenus de goûter à la chair fraîche de l’ours tant qu’il leur avait été possible de supporter la faim ; mais il était arrivé un moment où l’appétit avait été plus fort que le dégoût, et la viande crue leur avait semblé très-mangeable. Quant à l’Hindou, c’était bien réellement un souper qu’il faisait en participant au repas des jeunes Sahibs ; car, moins dégoûté que les deux frères, il avait dîné depuis longtemps et s’en était trouvé à merveille.

 

Une fois la première bouchée avalée, Karl et Gaspard mangèrent de tout aussi bon appétit que si la clarté d’un lustre avait brillé au-dessus de leurs têtes ; il est possible même que l’absence de lumière fût favorable à la circonstance. Toujours est-il que nos trois amis se félicitèrent de leur dîner. L’un des énormes pieds de l’ours composait leur menu, et les chasseurs vous diront que, rôti, bouilli ou cru, un pied d’ours est une excellente chose.

 

Lorsque nos trois jeunes gens eurent terminé leur repas, ils se dirigèrent du côté du ruisseau, dont le murmure leur indiquait la place ; ils trouvèrent précisément un endroit où un filet d’eau s’échappait des flancs du granit, et, appliquant leur bouche à cette fontaine limpide, ils ne tardèrent pas à être désaltérés.

 

Dès qu’ils eurent apaisé leur soif, nos amis revinrent au carrefour qui leur avait servi de salle à manger, et, fatigués des efforts qu’ils avaient faits pour retrouver leur chemin, ils se couchèrent sur le roc avec l’intention de dormir. Leur couche, assurément, n’était pas des plus moelleuses ; mais leur chambre était chaude. Il ne fait jamais froid dans l’intérieur des grandes cavernes ; la température y est à peu près égale dans tous les temps : plus fraîche en été que celle de l’air extérieur, elle est en hiver beaucoup plus chaude qu’au dehors. On a conclu de cette égalité de température que les personnes attaquées de la poitrine éprouveraient du soulagement dans les grottes assez profondes pour que ce phénomène eût lieu. Il en est résulté qu’un certain nombre de poitrinaires sont allés demeurer dans la Caverne du Mammouth, au Kentucky, où des hôtels confortables se sont établis pour les recevoir. Il est possible que la douceur de l’air souterrain qu’ils y respirent contribue à prolonger leur existence ; mais je doute fort qu’on en ait jamais guéri d’une manière radicale par l’emploi de ce moyen, et je suis persuadé qu’en revenant au grand air, les malheureux qui se sont condamnés à vivre pendant quelque temps au fond de cette demeure ténébreuse redeviennent la proie du mal dont ils s’étaient crus délivrés.

 

Quant à nos trois amis, la douceur de la température qui les environnait leur importait fort peu ; ils l’auraient échangée avec bonheur contre le souffle embrasé du désert ou le vent glacial des pôles ; la morsure cuisante du froid ou la piqûre envenimée des moustiques leur eût été bien moins odieuse que la tiédeur de cette atmosphère, où la neige et le soleil étaient également inconnus.


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