Thomas Mayne Reid (alias Captain Mayne Reid)
Le chasseur des plantes
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LIX EXPLORATION DE LA CAVERNE

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LIX

EXPLORATION DE LA CAVERNE

Malgré leur inquiétude, nos chasseurs n’en dormirent pas moins d’un sommeil très-profond. Il leur sembla, au moment où ils s’éveillèrent, qu’ils étaient couchés depuis longtemps ; mais rien autour d’eux ne pouvait leur indiquer s’il était jour au dehors, ou si la nuit continuait d’envelopper la montagne. Ils essayèrent de deviner l’heure qu’il pouvait être, en cherchant à se rappeler combien il y avait de temps qu’ils étaient dans la caverne : mais il y eut une différence de douze heures entre leurs diverses estimations : en pareil cas, la mesure du temps qui s’écoule dépend de l’impatience de nos désirs, de la douleur ou de la joie que nous éprouvons.

 

Karl pensait qu’il y avait au moins deux jours qu’ils étaient dans la caverne ; Gaspard supposait qu’il n’y avait pas plus de vingt-quatre heures, et Ossaro partageait la différence.

 

Le botaniste appuyait son opinion sur la faim dévorante qui avait fini par triompher de leur répugnance à l’égard de la viande crue : il avait fallu, pour en arriver là, qu’ils eussent été plus de vingt-quatre heures sans rien prendre. C’était probablement à la fin de la seconde journée qu’ils avaient fait leur premier repas, et la preuve, c’est qu’ils s’étaient couchés aussitôt qu’ils avaient eu fini de manger, et qu’ils avaient dormi trop longtemps pour que ce ne fût pas le moment où d’habitude on s’endort. Il est vrai qu’ils s’étaient fatigués de manière à dormir debout, et n’importe à quelle heure.

 

Toutefois, il est probable que le botaniste avait raison ; la journée était fort avancée lorsque les chasseurs pénétrèrent dans la grotte ; ils avaient fait beaucoup de chemin avant de rencontrer l’ours, et, depuis le moment où ils s’étaient trouvés sans lumière, que de temps n’avaient-ils pas employé à parcourir le labyrinthe, à tourner sur eux-mêmes, à se consulter, à se fatiguer, ainsi qu’ils l’avaient fait la veille ! Il était donc à peu près sûr qu’ils ne s’étaient couchés que pendant la seconde nuit qu’ils avaient passée dans la caverne.

 

Toujours est-il que nos jeunes gens avaient beaucoup dormi, non pas toutefois sans rêver d’abîmes effroyables où ils roulaient sans cesse, de combats terribles avec des ours féroces, des taureaux furieux, ou des chiens enragés. Tous ces cauchemars n’avaient rien que de très-naturel en pareille circonstance ; mais quel affreux réveil attendait nos pauvres amis ! Au lieu des flots de lumière dont ils étaient inondés chaque matin, ils se retrouvèrent dans une obscurité complète, et le silence de la tombe remplaça pour eux les chants d’oiseaux qui saluent la venue du jour.

 

Cette caverne, effectivement, pouvait bien être le tombeau où ils reposeraient avant peu ; triste réflexion qui tout d’abord vint se présenter à leur esprit. Mieux aurait valu pour nos chasseurs continuer à dormir, en dépit des rêves qui avaient troublé leur sommeil ; car la réalité se trouvait bien plus affreuse que tous les songes qu’ils auraient pu avoir.

 

Il fallut néanmoins déjeuner ; la faim s’était déjà fait sentir, et, cette fois encore, un pied d’ours cru, mangé sans pain et sans sel, composa le repas de nos trois amis.

 

Lorsqu’ils furent rassasiés, ils se disposèrent à exécuter le projet dont le botaniste venait de les entretenir, et que nous allons vous communiquer.

 

L’endroitgisait le corps de l’ours formait, ainsi que nous l’avons dit plus haut, une salle assez vaste, d’où rayonnaient un certain nombre de galeries ; les chasseurs l’avaient remarqué avant de se trouver dans les ténèbres, et Karl proposait d’explorer tous ces passages les uns après les autres, de les étudier soigneusement en en palpant les murailles, de se créer des points de repère en entassant des débris de rocher, et même en cassant des stalactites à coups de hache, comme on fait des brisées pour retrouver son chemin dans un bois non frayé.

 

Certes il faudrait de la patience et du temps pour exécuter ce projet ; mais la construction de la passerelle avait exercé la patience de nos amis, et, quelque fût le résultat qui dût répondre à leurs efforts, ils y étaient préparés. D’après les conseils du botaniste, ils devaient d’abord choisir une direction quelconque et l’explorer de manière à bien la connaître avant de pénétrer dans une autre galerie, à moins d’avoir acquis la certitude qu’elle aboutissait à une impasse ; il était probable que de cette manière ils trouveraient une issue qui leur donnerait les moyens de sortir de leur cachot.

 

Avant de commencer leur exploration, nos amis essayèrent de nouveau d’employer Fritz pour se guider ; mais, ainsi qu’il était arrivé la veille, il fut impossible, même à Gaspard, de détourner son chien de l’endroit où l’on avait tué l’ours. Une fois qu’ils furent bien convaincus de l’inutilité de leurs efforts à cet égard, les jeunes gens détachèrent la laisse qui retenait l’animal, et procédèrent à l’exécution du plan convenu.

 

Ils s’approchèrent de la muraille, découvrirent l’entrée d’une galerie près de laquelle resta l’un d’eux, afin que, si par hasard ceux qui agissaient en qualité de pionniers avaient le malheur de prendre une fausse direction, ils pussent revenir au point de départ en se laissant guider par la voix de celui qui n’avait pas bougé.

 

De cette façon, ils parcoururent la galerie sans crainte et sans beaucoup de difficultés, mais avec infiniment de lenteur. Ils rencontraient sans cesse des passages latéraux qu’il fallait marquer de façon à les reconnaître ; les points de repère qu’ils établissaient même dans la galerie principale devaient être assez rapprochés pour qu’on pût les retrouver facilement, et ces marques avaient besoin d’être faites avec soin pour éviter les méprises. Je ne dis rien des obstacles qu’ils trouvaient à chaque pas et qui les empêchaient d’avancer. Bref, lorsque la nuit fut arrivée, c’est-à-dire quand la faim et la fatigue leur firent penser que l’heure du repos était venue, ils estimèrent qu’ils n’avaient pas fait un kilomètre depuis le carrefour de l’ours jusqu’à l’endroit où ils avaient suspendu leur travail. Aucune lueur n’avait traversé les ténèbres où s’étaient trouvés nos amis ; et cependant ils revenaient au carrefour avec un peu d’espoir : le lendemain, le surlendemain, ou le jour suivant, ils reverraient la lumière ; qu’importait que ce fût un peu plus tôt ou un peu plus tard, dès qu’ils avaient la certitude de sortir de ces affreuses ténèbres ?


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