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« Quel rêve étrange ! s’écria Gaspard d’une voix joyeuse en se réveillant.
– De quoi as-tu rêvé ? demanda le chasseur de plantes.
– Oh ! frère, si tu savais ! mais c’est de lumière que j’ai rêvé.
– Et quelle était cette lumière ? reprit Karl.
– Il y en avait beaucoup, répliqua Gaspard, mais je veux être pendu si c’est un rêve ; j’étais ma foi bien éveillé quand cette idée-là m’est venue. Mon Dieu ! quelle bonne idée ! n’est-ce pas qu’elle est fameuse ?
– Je ne sais pas ce que tu veux dire, répondit Karl avec une certaine inquiétude, car il craignait que ce rêve surnaturel n’eût fait perdre la raison à son frère. De quelle idée parles-tu, Gaspard ?
– C’est tout simple ; je veux parler de chandelles.
– Je ne comprends pas. Assurément, pensa le botaniste, le cerveau du pauvre garçon est dérangé ; cette affreuse obscurité l’a rendu fou.
– C’est que je ne t’ai pas raconté le rêve que j’ai fait, reprit Gaspard ; mais non, ce n’est pas un rêve ; je ne sais plus ce que je dis ; je suis tellement heureux de cette idée lumineuse !… plus de ces abominables ténèbres où nous marchons à l’aveuglette ; nous aurons des flots de lumière… ah ! quand j’y pense… Mais comment se fait-il que je n’aie pas eu cette idée-là plus tôt ?
– Fais-moi part de ton rêve, dit alors le chasseur de plantes.
– Maintenant que je suis tout à fait réveillé, poursuivit Gaspard, je suis certain que ce n’est pas un songe, ou tout au moins un songe dans toute la force du terme. J’y avais pensé en m’endormant, et tu sais, frère, que, lorsqu’une chose me préoccupe et m’embarrasse, c’est quand je sommeille à moitié qu’elle se débrouille dans mon esprit. Cela vient encore de m’arriver, et je suis sûr que maintenant j’ai trouvé le bon moyen.
– Pour sortir de cette caverne ?
– Et quel est-il ?
– C’est de devenir fabricants de chandelles.
– Bonté divine ! se dit en lui-même le chasseur de plantes, il a perdu la raison ; cela ne fait pas le moindre doute.
– Mon Dieu, oui ! fabricants de chandelles, continua Gaspard d’une voix enjouée.
– Très-bien, répondit Karl, ne voulant pas contrarier son frère, dans la crainte d’augmenter sa folie, très-bien ; mais où prendrons-nous ce qu’il faut pour fabriquer des chandelles ?
– Comment ! s’écria Gaspard ; mais n’avons-nous pas la graisse de l’ours ?
– C’est là ton idée ? répliqua le botaniste en changeant de ton.
– Sans doute, bon frère ; est-ce que la panne de cette excellente bête n’est pas remplie de suif jusqu’au bord ? Qui nous empêche de nous en servir pour éclairer cet affreux labyrinthe ?
Karl était complètement rassuré.