Thomas Mayne Reid (alias Captain Mayne Reid)
Le chasseur des plantes
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II KARL LINDEN

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II

KARL LINDEN


Notre chasseur de plantes était bavarois. sur les confins de la haute Bavière et du Tyrol, Karl était loin d’avoir une illustre origine, car son père était simplement jardinier ; mais il avait été bien élevé et possédait une instruction profonde, ce qui, à l’époque où nous vivons, a plus de valeur que tous les titres de noblesse. Le fils d’un jardinier, un jardinier lui-même, peut être un gentleman1, car ce titre, qui est parfois si mal porté, a plusieurs acceptions, et Karl Linden se montrait gentleman dans le véritable sens du mot : il était bon, généreux, plein de délicatesse et d’honneur ; il possédait, malgré son humble naissance, une éducation parfaite ; son père, qui ne savait même pas lire, avait l’esprit ambitieux, il connaissait par expérience combien il est fâcheux de ne rien savoir, et il avait résolu d’épargner à son fils le malheur d’être ignorant.

 

L’instruction est considérée, dans la plus grande partie de l’Allemagne, comme un bienfait inappréciable : on y recherche avec ardeur tous les moyens d’apprendre qui sont mis généreusement à la portée de tout le monde, et les Allemands sont peut-être les hommes les plus instruits de l’univers. Ils joignent à un savoir étendu l’énergie patiente et laborieuse du travailleur, et c’est à cela qu’ils doivent la place qu’ils ont acquise dans les arts et dans les sciences. Je ne veux pas dire que la nation allemande soit la plus intelligente de toutes les nations de l’Europe, mais seulement l’une des plus instruites.

 

Arrivé à l’âge de dix-neuf ans, Karl Linden trouva que son pays ne jouissait pas d’une liberté suffisante. Il se jeta dans une de ces conspirations enthousiastes et mal combinées qu’ourdissent de temps à autre les étudiants allemands.

 

Bientôt exilé à Londres, ou plutôt réfugié, comme on dit aujourdhui, Karl Linden se demanda ce qu’il allait devenir ; sa famille n’était pas assez riche pour lui envoyer de l’argent ; d’ailleurs, son père n’approuvait pas sa conduite et le traitait de rebelle. Karl n’avait donc rien à espérer des siens, du moins jusqu’à l’époque où la mauvaise humeur de son père serait complètement apaisée.

 

Mais d’ici là comment faire ? Notre exilé trouvait l’hospitalité anglaise un peu froide ; il était libre, mais cela signifiait qu’il pouvait se promener dans les rues et y mendier son pain.

 

Heureusement qu’il s’avisa d’une ressource à laquelle tout d’abord il n’avait pas songé. Il lui était arrivé plusieurs fois de travailler au jardin avec son père ; il savait bêcher, planter, semer, ratisser ; il connaissait la taille des arbres et la manière de propager les fleurs, il était au courant de tous les soins qu’il faut donner à l’orangerie, à la serre chaude, et entendait à merveille la confection des couches ; il possédait en outre des connaissances très-étendues sur les plantes, dont il savait le nom, les caractères, les propriétés : il avait eu l’occasion de s’en instruire de très-bonne heure chez un homme fort riche, dont son père cultivait les jardins ; et depuis lors, ayant pris goût à cette étude attrayante, il était devenu un savant botaniste.

 

Il pensa donc qu’il pourrait trouver de l’ouvrage comme garçon jardinier ; cela vaudrait toujours mieux que de vagabonder par les rues et de mourir de faim, au milieu des richesses dont il était environné.

 

Bien résolu de mettre ce projet à exécution, notre jeune réfugié alla frapper à la grille de l’un de ces magnifiques jardins-pépinières qui sont si nombreux à Londres : il raconta son histoire, et fut immédiatement employé.

 

L’intelligent propriétaire du jardintravaillait Karl ne fut pas longtemps sans découvrir les connaissances que possédait le jeune Bavarois ; il avait besoin d’un botaniste plein de zèle et de savoir, et Karl était précisément l’individu qu’il lui fallait. De nombreux chasseurs de plantes parcouraient pour son compte l’Amérique du Nord et celle du Sud, l’Afrique et l’Australie ; mais il désirait se procurer des fleurs de l’Himalaya, dont on se préoccupait beaucoup, en raison des admirables végétaux que venaient de découvrir, dans ces montagnes, les voyageurs Royle et Hooker.

 

Depuis quelque temps on avait décrit les pins magnifiques, les arums, les différentes espèces de bambous, les magnoliers et les rhododendrons qui croissent dans les vallées de l’Himalaya ; un certain nombre étaient déjà même parvenus en Europe ; ces plantes faisaient fureur, et notre pépiniériste cherchait un jeune homme instruit et courageux qu’il pût envoyer dans les Indes.

 

Ce qui rendait encore ces arbres splendides plus précieux et plus intéressants pour tout le monde, c’est qu’originaires d’une contrée qui, par reflet de son élévation, possède une température analogue à celle du nord de l’Angleterre, ils pouvaient supporter facilement les intempéries de notre climat.

 

Plus d’un chasseur de plantes fut donc, à cette époque, chargé d’explorer la chaîne des Alpes indiennes, qui, par son étendue, offre un champ sans limites aux plus vastes découvertes ; et parmi ces chasseurs de plantes se trouvait Karl Linden, le héros de notre histoire.





1 Gentleman, qui littéralement signifie gentilhomme, ne désigne pas seulement en Angleterre l’individu qui possède un titre ; on le donne à tous ceux dont l’éducation a développé l’intelligence, élevé les sentiments, adouci les manières ; et son véritable équivalent en français est la qualification d’homme distingué, comme il faut, instruit et bien élevé. (Note du traducteur.)



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