Thomas Mayne Reid (alias Captain Mayne Reid)
Le chasseur des plantes
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X QUELQUES MOTS SUR LES TIGRES

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QUELQUES MOTS SUR LES TIGRES


Je n’ai pas besoin de vous faire la description d’un tigre ; il n’est personne qui n’en ait vu plus d’une fois, quand ce ne serait qu’en peinture. L’animal que l’on appelle ainsi est rayé ; les grands félins tachetés sont des jaguars, des panthères, et des léopards ; il est donc impossible de confondre le tigre avec ses congénères. C’est le plus grand de tous les félins, si l’on en excepte le lion, et même, on a vu des tigres qui, pour la taille, égalaient celui-ci. La crinière qui couvre les épaules et le cou du lion le fait paraître plus gros qu’il ne l’est réellement ; dépouillez-le, ainsi que le tigre, et vous aurez deux animaux d’égale grosseur.

 

De même que chez le lion, la forme du tigre et la nuance de sa robe offrent peu de variétés ; la nature ne se fait pas un jeu de ces moules puissants, et ne déploie les fantaisies de sa palette que sur des animaux d’une moins grande importance. On peut trouver des tigres dont le pelage soit d’un jaune plus ou moins clair, et qui soient marqués de rayures plus ou moins noires ; mais l’aspect ne change pas, et il suffit d’un coup d’œil pour reconnaître l’espèce.

 

Le domaine du tigre est beaucoup moins étendu que celui du lion ; tout le continent africain et toute la partie méridionale de l’Asie sont habités par ce dernier, tandis que l’on ne rencontre le tigre que dans la région asiatique du sud-est et dans quelques-unes des grandes îles de l’archipel Indien. L’Indus limite son habitat au sud-ouest, et l’on n’est pas certain de l’endroit où il s’arrête vers le nord. En effet, nous avons, du reste, la preuve que de nos jours il se trouve dans la partie septentrionale de la Chine et dans la Mongolie.

 

Mais le véritable séjour de cet animal féroce est la région brûlante des jungles qui couvrent une partie de l’Hindoustan, du royaume de Siam, de la presquîle de Malacca et des provinces méridionales de la Chine. C’est là qu’il règne sans conteste, en souverain du hallier ; parfois on rencontre le lion dans ces parages, où il existe également ; mais le fait est bien plus rare, et les indigènes parlent peu de celui-ci, qui leur inspire moins d’effroi.

 

Nous qui vivons bien loin de ces terribles carnivores, nous pouvons à peine nous figurer la terreur qu’ils répandent dans le pays qu’ils habitent. Chaque voyageur, en s’éloignant de chez lui, frissonne à l’idée qu’un tigre peut le surprendre au passage ; et cette crainte n’est malheureusement que trop fondée. Chaque village a ses récits authentiques des meurtres que les tigres ont commis sur son territoire ; chaque établissement a sa liste des morts, ou tout au moins des blessures qui résultèrent d’une rencontre avec cet effroyable ennemi. Vous ne croiriez jamais, et pourtant c’est un fait avéré, que des provinces entières, où le sol était fertile, ont été désertées par l’effet de la terreur qu’inspiraient aux habitants les tigres et les panthères dont le pays est infesté. La même cause a fait abandonner certaines régions de l’Amérique du Sud, où le jaguar exerce ses ravages.

 

Dans quelques parties de l’Inde, on n’essaye même pas d’opposer de résistance aux attaques réitérées du monstre ; la superstition vient en aide à sa férocité ; les indigènes le considèrent comme étant doué d’un pouvoir surnaturel et comme envoyé de Dieu pour accomplir ici-bas une œuvre de vengeance, et, persuadés que la lutte serait à la fois inutile et impie, ces infortunés s’abandonnent à la mort, sans chercher à vaincre leur terrible adversaire.

 

Mais, en d’autres lieux, où la population est plus énergique et moins superstitieuse, on chasse le tigre avec ardeur, et l’on emploie, à cet effet, différents stratagèmes. Quelquefois c’est une flèche empoisonnée que l’on place sur un arc tendu ; un appât est mis à terre, et correspond, au moyen d’une corde, à la ficelle de l’arc, d’où il résulte qu’en approchant du morceau de viande qu’il veut saisir, le tigre appuie sur la corde et fait partir la flèche qui ne peut manquer de l’atteindre. On se sert également d’un fusil disposé de la même manière, et dont l’animal fait partir la détente.

 

L’énorme trébuchet employé par les Américains pour détruire l’ours noir est également en usage au Bengale pour se défaire du tigre ; il consiste en un tronc d’arbre ajusté sur un poteau, et qui écrase, en tombant, l’animal qui veut saisir l’appât dont le piège est amorcé.

 

On chasse aussi le tigre avec des éléphants ; mais ce plaisir royal n’est à la portée que de rajahs ou princes hindous et des officiers anglais de la Compagnie des Indes, pour lesquels l’existence d’une vingtaine de misérables n’est pas plus précieuse que celle d’un animal.

 

Peut-être pensez-vous que la méthode du Shikarri n’est pas meilleure que le piège au miroir dont se servaient les anciens et qu’emploient les Chinois. Il est certain que les compagnons d’Ossaro eux-mêmes trouvèrent la chose assez étrange, pour ne pas dire absurde, lorsque ce dernier leur dévoila quelle était son intention.


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