IntraText Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText | Recherche |
Le sommelier Williams venait à peine, avec l’aide du valet de pied, d’enlever les reliefs du souper, lorsque retentit un coup de sonnette suivi immédiatement d’un double coup de marteau.
Cet appel n’avait rien « d’étourdissant », comme aurait pu dire Williams ; il était plutôt humble et timide, et fut, cependant, distinctement entendu dans la salle à manger.
– Qui peut venir aussi tard ?… Dix heures ! dit le général en jetant les yeux sur son chronomètre.
Ni Nigel ni la tante ne répondirent ; ils écoutaient.
Un colloque avait lieu entre Williams, qui avait ouvert la porte, et quelqu’un qui se tenait sur le seuil.
Il dura plus longtemps qu’il n’était nécessaire si le visiteur eut été un ami de la famille. La voix répondant aux interrogations du sommelier avait évidemment un accent étrange.
Le général pensa que ce pouvait être un de ses anciens camarades fraîchement arrivé des Indes et venu sans cérémonie par un train de nuit. Mais il ne se souvenait d’aucun qui parlait l’anglais de cette façon.
– Qui est-ce, Williams ? demanda-t-il au moment où parut le sommelier.
– Je n’en sais rien, général. Le gentleman, s’il m’est permis de lui donner ce nom, ne veut donner ni son nom ni sa carte. Il prétend qu’il apporte une importante communication et qu’il est indispensable qu’il vous voie.
– Très-bizarre !… De quoi a-t-il l’air ?
– D’un étranger, général. Et ce n’est certainement pas un gentleman, j’en jurerais.
– Très-bizarre ! répéta le général. Il a dit qu’il voulait me voir ?
– À satiété, général. Il ajoute que l’araire est plus importante pour vous que pour lui. L’introduirai-je, général, ou lui parlerez-vous à la porte ?
– À la porte ! Non, pardieu ! répliqua vivement le vieux soldat. Je ne sortirai, certes, pas, pour plaire à un étranger qui ne veut donner ni son nom ni sa carte… C’est peut-être un mendiant. Dis-lui que je ne puis le recevoir ce soir et qu’il revienne demain matin.
– Je le lui ai déjà dit, général. Il insiste pour vous voir immédiatement.
– Du diable !
– S’il m’est permis de donner mon opinion, il ressemble furieusement à celui dont vous venez de prononcer le nom, général.
– Qui cela peut-il être, Nigel ? dit le vétéran en se tournant vers son fils.
– Je n’en ai pas la moindre idée, père, répondit Nigel. Serait-ce, par hasard, le gratte-papier Woolet ? Il répond parfaitement à la description que Williams fait de l’intrus.
– Non, non, Maître Nigel, ce n’est pas M. Woolet. IL est encore plus laid, bien qu’il ait quelque chose d’un homme de loi. Dans tous les cas, c’est un étranger ; cela, je puis l’affirmer.
– Par Jupiter ! s’écria le général, je ne connais pas d’étranger qui ait affaire avec moi. Il faut pourtant me décider le recevoir. Qu’en dis-tu, mon fils ?
– Oh ! il ne peut y avoir aucun mal à cela, répondit Nigel. Je resterai avec vous ; et s’il devient trop importun, Williams et le valet de pied le jetteront dehors.
– Ah ! bien, maître Nigel, il n’est pas plus haut que votre groom. Je pourrais le prendre par le fond de sa culotte et le jeter à vingt pas sur les pelouses. N’ayez aucune crainte de ce côté.
– Allons ! Allons ! Williams ! dit le général. Assez de paroles oiseuses. Introduis le gentleman.
Puis se tournant vers sa sœur, il ajouta :
– Ma chère Nelly, vous feriez bien de remonter au salon. Nigel et moi nous vous y rejoindrons aussitôt que nous aurons donné audience à cet hôte inattendu.
Le vieille fille, après avoir roulé son tricot, sortit de la salle à manger, laissant seuls son frère et Nigel.