Adalbero Laudunensis
Rythmus Satiricus

TEXTE ET TRADUCTION DU RYTHMUS SATIRICUS.

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TEXTE ET TRADUCTION DU RYTHMUS SATIRICUS.

        Mabillon a donné le texte du Rythmus satiricus de temporibus Rotberti regis d'après un manuscrit de Beauvais découvert par le chanoine Geoffroi Hermant. Il n'y a pas chances de retrouver ce texte prototype, et nous ne pouvons nous servir que de l'édition donnée par Mabillon dans ses Analecta vetera (t. III, p. 533 ; nova editio, pp. 366-367), et reproduite par les continuateurs de Dom Bouquet (Historiens de France, t. X, pp. 93-94 sous le titre Rythmus satiricus de temporibus Rotberti regis). Or dans ces deux réimpressions, le texte est disposé comme il l'était évidemment dans le manuscrit, le copiste avait arrangé les choses de manière à prendre le moins de place possible. Les premiers éditeurs ne se sont pas aperçus qu'ils avaient à le transcrire en vers rythmiques, octosyllabiques, conformément à l'intention présumable du chansonnier.

        Ch. Lenormand, dans un article sur un Poème rythmique relatif à des événements du règne de Childebert Ier (Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. Ier, p. 323-327), a le premier reconnu des couplets de quatre vers octosyllabiques dans le Rythmus satiricus. Mais, ignorant les règles du rythme, il s'est figuré que les fins de vers devaient rimer entre elles, sur le modèle de cette strophe :

Achitophel prosperitas
Est Europae captivitas ;
Qui pejor fit quotidie,
Periturus tardissime.

Elle lui semblait d'une rare correction. C'est ce qui l'a amené à proposer des conjectures et des transpositions de texte plutôt malheureuses et inutiles, par exemple pour les premiers vers :

Orbis magni monarchiam dolus Landrici nititur
Per energiae studium sollemniter evertere,

qu'il rétablissait d'après son système :

Monarchiam orbis magni
Dolus nititur Landrici
Per studium energiae
Sollemniter evertere.

        Nous sommes de l'avis de Pfister, Etudes sur le règne du roi Robert le Pieux, p.50 en note, qui condamne ces conjectures au moins téméraires.

        Beaudoin, rééditant dans son travail sur Les trois femmes du roi Robert (pp. 218-222 dans Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 8e s., t. V, année 1883) le texte du Rire de Landry, s'est moins appuyé sur la rime que sur la mesure, et a suivi Mabillon, coupant exactement par hémistiches la prétendue " prose rythmée " du premier éditeur. Le texte donné par Beaudoin se trouve ainsi conforme au texte du manuscrit lu à travers Mabillon, et est publié en couplets de quatre vers chacun. C'est la véritable complainte satirique dont le même Lenormand cite les précédents en France aux VIIIe et IXe siècles.

        Nous n'avons pas cru devoir adopter un autre procédé. Le texte que nous publions ne se distingue donc pas de ceux de Mabillon et de Beaudoin. Signalons cependant une différence : nous avons respecté la transcription du premier éditeur, lettre pour lettre, sauf au couplet 8, une leçon Ceges n'est que trop évidemment une faute de copie pour Reges, comme au couplet 21, une transcription fraudibus est à coup sûr un lapsus calami pour laudibus : ces corrections ont déjà été faites dans les Historiens de France. Mais nous avons écarté les corrections (ingénieuses, sans doute) que proposait Mabillon en marge, et qu'a adoptées sans discussion M. Beaudoin ; nous ne les avons signalées qu'en note, nous forçant chaque fois de considérer comme intelligible le texte que nous avions sous les yeux, ou leçon représentant le premier texte. Les notes relèvent les diverses conjectures ou modifications proposées.

        La traduction française du Rythmus satiricus est d'un travail pénible. M. Beaudoin avait joint, à son travail d'interprétation du document, un essai de version littérale, disposé matériellement en couplets, et traduisant le latin vers à vers. Outre que l'allure en paraît un peu fantaisiste, elle se ressent, et pour cause, des obscurités du texte même ; pour avoir été ingénieuse, elle n'est pas toujours claire. Nous avons cru pouvoir nous autoriser à refaire la traduction de la Chanson de Landry de Nevers.

G.-A. Hückel.

1. Orbis magni monarchiam
Dolus Landrici nititur
Per energiae studium
Sollemniter evertere1.

2. Est lapis unus in Sion
Quem dicunt petram scandali,
Quae cecidit super caput
Achitophel jam septies2.

3. Sed cum cadit lapis semel,
Cadit vi septenaria ;
Contritum spiritaliter
Burgundionem vidimus.

4. Achitophel Burgundia
Aetati nostrae reddidit,
Multum crinitus Absalon
Cujus sprevit consilium.

5. Intrat saepe palatia
Versipellis regalia ;
Occultat nasum pellibus,
Pectus subdendo fraudibus.

6. Jam Catilina nequior
Amicis praebet osculum.
Sed praetendit decipulas
Sapore fellis ebrias.

7. Alter Jugurtha loquitur
Non ex fide, sed de fide,
Pro veris amicitiis
Reddens inimicitias.

8. Ad regum pergens solium,
Reges salutat, non amat3,
Sed est quasi tugurium
Alto cucumerario.

9. Non est auditus in Theman,
Nec inventus in Chanaan4
Prior risus in vulpibus5,
Amicis ignorantibus.

10. Sed didicit episcopus
Quod tristis fuit clericus :
Itur a Chela Worchias,
A Worchiis Parisius.

11. Crassi risus commotio,
Est regni perturbatio :
It juxta saepem mingere
Qui reges scit seducere

12. Statum subvertit principum
Hostis Francorum procerum,
Diffusis currens risibus6
Sicut crassus Vulpennius.

13.
Non percipit Adalbero
Achitophel cur rideat ;
Vulpes portat in pectore
Qui suis nescit parcere.

14. Dolis armatus furcifer7
Heinrico tollit feminam,
Prius Widoni gratiam,
Timens sponsae prudentiam.

15. Uxor petit Vasconiam,
Achitophel malitiam,
Dum per jurandi sarcinam
Totam conturbat patriam.

16. Honoris fundit terminum,
Intrans regis palatium :
Henricus sit aedituus,
Dicit Bodonis filius,

17. Fiat Rex Hugo monachus,
Rex Robertus episcopus,
Habens hic vitam simplicem,
Alter vocis dulcedinem !

18. Obscura fraudum legio
Regnat Landrici stomacho,
Cujus munit sententias
Nabuzardan auctoritas

19. Cachinnis ostendit dolum,
Respectus et periculum :
Acuta sunt novacula
Perfidiae duritia.

20. Promissionis scissio
Praesentatur in subdolo
Verborum sub umbraculo8,
In mendoso volutabro.

21. Saliva mixta fraudibus
Ejus versatur laudibus9 ;
Sermones cum periculis
Ejus versantur syllabis.

22. Herodiadis nuptias
Renovavit illicitas ;
Incesta propter basia
Sperat Pruvini moenia.

23. Architriclinus impius
Gavisus est pro moenibus ;
Potentiorem fieri
Gavisus est pro nuptiis.

24. Dormivit rex in lectulo
Landrici pontificio ;
Dormit Bertae promissio,
Irascitur Burgundio.

25. Eglon noster novissimus,
Cujus ut non turpissimus,
Multis est pastus dapibus
10 :
Non placet Pruvinensibus11.

26. Secundum Lunam patitur,
Spe varia confringitur ;
Pruvinum nunquam perdidit
Quod habere non potuit.

27. Plumbi scribatur lamina
Ne transeat memoria,
Ut posteri sint providi,
Si post mortem surrexerit :

28.
ACHITOPHEL PROSPERITAS
EST EUROPAE CAPTIVITAS.
QUI PEJOR FIT QUOTIDIE,
PERITURUS TARDISSIME.

G.-A. Hückel.





1 Strophe 1 : Ch. Lenormand :
" Monarchiam orbis magni
Dolus nititur Landrici
Per energiae studium
Sollemniter evertere.
"



2 Strophe 2 : Le même lirait crines au lieu de caput et ferait rimer Sion avec dicunt.



3 Strophe 8 : Mabillon éditait Ceges. Dom Bouquet rétablissent Reges.



4 Strophe 9 : Thevan, Corbanan, dans Mabillon. Beaudoin rétablit les noms bibliques défigurés Theman et Chanaan.



5 Strophe 9 : vulpibus pour Mabillon au lieu de vultibus.



6 Strophe 12 : Ferdinand Lot remplace ratibus par risibus.



7 Strophe 14 : justifer. Mabillon propose le mot furcifer.
Ch. Lenormand, conformément à son système, remplace justifer, " inintelligible " par nequam, et construit ainsi la strophe :
" Dolis armatus vis nequam
Heinrico tollit feminam,
Prius Widoni gratiam,
Timens sponsae prudentiam.
"



8 Strophe 20 : membraculo. Mabillon conjecture umbraculo.



9 Strophe 21 : Laudibus. Mabillon corrigeait déjà ainsi le lapsus calami, fraudibus.



10 Strophe 25 : fastus. Conjecture de Mabillon : pastus. Pour G.-A. Hückel : fartus.



11 Ch. Lenormand rétablissait :
" Eglon noster novissimus
Cujus venter turpissimus. "
semblables allitérations étant conformes, dit-il, au goût de l'époque.



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